Histoire de Marathon – 2 – Vanderlei de Lima : Agression aux J.O. 2004


Peu de gens connaissent son nom, pourtant tout le monde se souvient des images. Un coureur du marathon des JO d’Athènes, entrainé vers la foule alors qu’il est en tête à quelques kilomètres de l’arrivée. Je vous propose, pour ce deuxième volume d’Histoire de Marathon, de revenir sur cette histoire. 

Vanderlei est devenu marathonien un peu par accident en France. A l’automne 1994, il prend part au marathon de Reims en tant que lièvre jusqu’au semi. Se sentant bien, il décida de poursuivre son effort, d’abord jusqu’au 30 eme, puis finalement jusqu’au terme de la course qu’il remporte en 2h11’06.

En 1996, après avoir remporté le marathon de Tokyo en 2h08’38″, il participait aux JO d’Atlanta : « J’ai eu un problème avec mes chaussures pendant la course que je terminais 47 eme en 2h21’01″. En 1997, il court pour la première fois à Athènes pour les mondiaux qu’il termine 23 eme en 2h21’48 ». 1998 sera une bonne année, second à Tokyo en 2h08’31″ et 5 eme à New-York, puis en 1999 c’est la première victoire internationale avec une victoire aux jeux panaméricains à Winnipeg, avant de finir 3 eme à Fukuoka.
Sydney sera ensuite une grosse déception, 75 eme en 2h37’08″, une inflammation au pied l’a obligé à finir la course au trot : « J’ai du arrêter trois fois et marcher, personne ne sait ce que j’ai enduré pour finir la course ». Mais c’est sa seconde victoire aux jeux panaméricains qui le fera souffrir le plus, les conditions d’humidité à Saint Domingue ont rendu la course terrible : « Je ne sais pas comment j’ai pu finir la course, c’était la plus difficile de ma vie. Je ne me souviens pas avoir eu autant envie d’abandonner une course. Mais cette course je l’ai terminée en mémoire de mon père ».

Ensuite lui et son entraîneur Santi Domingo d’Angelo ont programmé les Jeux Olympiques d’Athènes : « Nous avons une relation très proche, j’ai commencé à courir et lui commençait à entraîner ». D’Angelo ne faisait pas parti des officiels brésiliens et ne pouvait donc pas accéder aux lieux stratégiques, il fit parvenir une lettre à Lima par l’intermédiaire d’un autre entraîneur. « Rappelle toi la côte du trentième kilomètre, si tu te sents bien, prends des risques parce que si tu ne risques pas, tu ne gagneras jamais. Ma confiance en toi est immense, alors combattons pour atteindre le but rêvé depuis longtemps. Quoiqu’il arrive, rappelle toi que tu auras toujours ma confiance et amitié, et rappelle toi aussi que je t’admire pour la personne merveilleuse que tu es. Alors bonne chance, et on se boit une bière ensemble après la course. »
« J’ai beaucoup pensé à cette lettre, surtout quand j’ai commencé à me sentir bien et que Tergat donnait des signes de faiblesse. »

Puis est arrivé l’incident que l’on connaît tous : « L’attaque fut pour moi une surprise, je n’ai pas pu me défendre car j’étais concentré sur ma course. Je ne sais ce qu’il serait advenu sans l’intervention courageuse du spectateur grec, je lui dois beaucoup pour ce courage. Après j’ai commencé à avoir des problèmes, je n’arrivais plus à me concentrer sur ma course. Avec mon sens de l’esprit olympique, j’ai montré ma détermination pour arracher cette médaille ».

Son agresseur, Cornelius Horan, un prêtre irlandais de 57 ans défroqué et détraqué, avait déjà perturbé le déroulement du Grand Prix de F1 de Grande-Bretagne 2003, en courant quelques secondes sur la piste, écopant d’une interdiction d’entrée de trois mois dans toute enceinte sportive.

delima_vanderleideDéstabilisé, Vanderlei de Lima s’était fait rattraper. Mais, loin de s’effondrer, il avait pénétré sur le stade de marbre d’Athènes en troisième position, les bras déployés comme des ailes d’oiseau pour témoigner sa joie, tout en envoyant des baisers à la foule. « Le plus important pour moi, c’était d’avoir une médaille , explique-t-il. Peu m’importait le métal. Le titre olympique, ça aurait sans doute été encore meilleur, mais finalement tout finissait bien et la vie continuait. C’est un trait brésilien que de ne pas se lamenter quand il n’y a pas vraiment de quoi. »

Son heureuse nature l’a servi et cette incroyable agression a fait de Vanderlei de Lima une icône. Il n’a pas eu à souffrir du manque à gagner occasionné par la perte du titre olympique. La chaîne de supermarchés Pao de Açucar qui le parraine lui a remis les 66 000 dollars qu’il aurait reçus en cas de victoire, et il a obtenu un partenariat avec une banque néerlandaise implantée au Brésil. « Il a fait toutes les télés possibles , raconte son entraîneur, Ricardo Antonio d’Angelo. Même au Japon, où le marathon est une épreuve très populaire et où il a obtenu de très bons résultats dans sa carrière. »

f9ec21f5-ae9b-49a3-9ef4-0e03d4733e17Le médaillé de bronze avait également reçu un accueil triomphal de retour chez lui. « Au moment où l’incident s’est produit, je suis devenu brièvement aussi célèbr e que l’équipe nationale de foo tball » , reconnaît-il, amusé. Son équipementier, qui fournit également la Seleçao, s’est empressé d’organiser une rencontre entre toutes ces têtes d’affiche dès le mois de septembre, à Sao Paulo. Le Comité international olympique lui a décerné la médaille du baron Pierre de Coubertin pour son fair-play.

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